L’innovation vue de la Réunion : Le pétrole vient de la mer et il est vert

04/05/2011 at 17:11 1 commentaire

Aujourd’hui, et après de longues présentations sur les pôles de compétitivité de ce début de semaine, je vais vous présenter une nouvelle PME innovante. Elle travaille sur le créneau de l’énergie, plus particulièrement sur la production de biocarburant à partir de micro-algues. Il s’agit de Bioalgostral, une jeune entreprise innovante basée à la Réunion.

Qu’invente cette société ?

Bioalgostral invente ni plus ni moins que le carburant de demain. Bon, je vous l’accorde, la formule est peut-être un peu exagérée mais pas tant que ça puisque que PSA (Peugeot) et Total sont intéressés par cette société. L’équipe scientifique de l’entreprise développe un processus de la production de biocarburant de 3ème génération à partir de micro-algues. Concrètement, cette entreprise se propose de coupler des stations d’épuration et des productions de micro-algues dans des bioréacteurs qui sont ensuite transformées en carburant.

Stop. Revenons à cette 3eme génération. Pourquoi troisième ?

Et quelles sont les deux premières ? Dans le monde des biocarburants, on distingue les carburants de première génération, de deuxième et enfin de troisième génération. La différence vient de la matière qui est transformée en carburant.

La première génération utilise des parties végétales dans lesquelles se trouvent des réserves nutritives. Par exemple, la tige des cannes à sucre qui sont transformées en éthanol (quand c’est pour de l’énergie, pour de l’alimentaire on appelle ça du rhum). On utilise également les racines de betteraves ou les fruits de palme par exemple. Ces mécanismes présentent un gros problème : ces carburants sont incompatibles avec du développement durable.
Le terme de biocarburant est ici plus du « green-washing » qu’autre chose et ce, pour deux raisons :

  • pour produire ces carburants, il faut produire de la matière végétale. Et plus il y aura de la matière végétale à transformer, plus il y aura de carburants. Logique. Or quel est meilleur moyen d’augmenter des rendements de production végétale ? Engrais et pesticide en masse. Dommage pour l’environnement autour.
  • l’autre point est qu’il faut des terres pour cultiver ces plantes. Ce besoin de terre ne serait pas un problème si actuellement près d’un milliards de personnes sur Terre ne souffraient pas de la faim. En clair, si on s’oriente vers une production massive de ces biocarburants, il faut faire le choix entre « planter pour rouler » et « planter pour manger ».

Bref, le développement durable devant assurer le développement et le bien-être des générations actuelles et futures, en prenant des terres potentiellement alimentaires et en demandant engrais et pesticides, cette génération de carburant est en fait mauvaise d’un point de vue environnemental.

Bien, venons-en à la seconde génération de biocarburants. Là, il ne s’agit plus d’utiliser les réserves produites par des végétaux. Ce procédé va décomposer les composés lignocellulosiques des végétaux, c’est-à-dire le « bois ». La lignine et la cellulose sont des composés typiques de règne végétal et on les retrouve partout, pas que dans les troncs en bois. Dans les troncs et branches, ils sont cependant en plus grande quantité. Ces molécules sont riches en carbone, mais très difficiles à décomposer. C’est sur cet aspect que travaillent les biocarburants de seconde génération, à rendre ces composés plus faciles à décomposer et donc à transformer en carburant.

Comme cette génération peut utiliser n’importe quelle partie d’un végétal, les biocarburants de seconde génération sont produits à partir de déchets : déchets verts des communes, déchets agricoles. Le plus souvent, il s’agit de méthanisation et le carburant est alors un biogaz. La difficulté pour cette filière reste le faible rendement qui freine sa rentabilité et donc son développement.

Enfin, nous arrivons à la troisième génération, celle que veut produire Bioalgostral. Il s’agit ici d’utiliser des micro-algues, qui produisent une très grande quantité d’acides gras (huile). Certaines espèces peuvent en contenir plus des trois quarts de leur poids, une fois séchées. Les avantages de cette catégorie de biocarburant c’est qu’ils n’utilisent pas de terres, la croissance et la production se font dans des réacteurs et qu’ils ont un rendement important. Leur rendement photosynthétique et leur rendement à l’hectare est jusqu’à 30 fois supérieur aux plantes oléagineuses terrestres comme le colza ou encore le tournesol.

Et donc Bioalgostral invente quoi là dedans ?

Cette jeune société réunionnaise travaille notamment à du couplage de station d’épuration (STEP) et d’unité de production algale et un digesteur biogaz. Sa technologie vise à permettre une production durable et économiquement viable de biocarburant.
Cette technologie va puiser des nitrates et des phosphates dans les eaux usées pour la croissance des micro-algues. Ces nutriments sont rejetés en grande quantité par les excréments et relativement difficiles à traiter dans une STEP. Comme les algues sont photosynthétiques, elles vont également recycler le CO2 émis par la digestion de boues d’épuration sans entrainer de pollution ou de dégradation du milieu naturel.

Station d’épuration (photo Bioalgostral)


Ce couplage aux STEP permettrait de réduire considérablement le temps nécessaire au traitement global des eaux usées et d’en augmenter le coefficient équivalent-habitant. Par la suite, la biomasse algale peut être alors valorisée et transformée en bio combustible et/ou recyclée grâce à une source de combustion de biomasse pour la production d’électricité.

La commune de Sainte-Rose, à la Réunion, construit une station d’épuration couplée avec un système Bioalgostral. Un terrain a été mis à disposition à côté de la future STEP pour la construction d’un démonstrateur sur 1.000 m2 avec l’aide de l’institut de recherche allemand IGV-Gmbh, qui propose un procédé de culture de mirco-algues en tubulaire (circuit-fermé) à l’échelle industrielle.
Les groupes Total et PSA suivent de prés les avancements et se disent intéressés par ces travaux de recherche. Total pourrait à terme devenir distributeur. Selon le journal Les Echos (article du 9 février 2011), EADS participe avec PSA et Akuo Energy au consortium qui finance la première phase du projet de Bioalgostral.
Les travaux devraient bientôt être terminés et les premiers litres de biocarburants devraient être produits cette année.

Et pourquoi à la Réunion ?

On pourrait répondre à cette question par « Et pourquoi pas ? ». Mais ce serait dans le cas présent une très mauvaise réponse. En fait si cela se passe à la Réunion c’est parce que les études menées par les différents spécialistes des micro-algues placent la Réunion comme l’un des meilleurs sites de production au monde grâce à son climat et son ensoleillement.
Par ailleurs le travail de recensement des espèces et la constitution d’une phytobanque par les chercheurs locaux ont facilité les premiers travaux de recherche.

Par ailleurs, il existe à la Réunion une volonté forte des pouvoirs publics et des acteurs économiques d’encourager l’innovation pour faire de l’île un modèle de développement durable et pour aller vers une autonomie énergétique. Cela se concrétise par le programme GERRI qui se fixe l’objectif de faire de la Réunion le premier territoire au monde, d’ici 2030, d’intégration dans une société de toutes les innovations environnementales intéressant la mobilité, l’énergie et ses usages, l’urbanisme, la construction et le tourisme. Le travail de Bioalgostral apporte donc une solution concrète face à la problématique fondamentale de l’autonomie énergétique de l’île.

Sources consultées :

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Les écopôles de compétitivité : des écosystèmes pour l’environnement (3/3) Appel à manifestation d’intérêts de l’ADEME : Projets innovants pré-industriels

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