Et si mon écran était ma batterie ?

21/04/2011 at 11:23 1 commentaire

Bonjour à tous, aujourd’hui je vais vous parler de Wysips, une jeune société des Bouches-du-Rhône. Peut-être avez-vous déjà entendu parler de cette start-up. Elle s’est fait connaître fin mars, suite à une très belle récompense au salon mondial de l’innovation mobile, le CIAT. Si vous ne connaissez pas cette entreprise et que vous vous demandez quel peut-être le lien entre les mobiles et l’environnement, sachez que la trouvaille de Wysips ne s’applique pas qu’aux mobiles, mais qu’il s’agit seulement de la première application faite.

Alors donc, Wysips c’est quoi, c’est qui ?

Wysips, c’est l’acronyme de “What You See Is Photovoltaic Surface”. C’est une filiale de SunPatner, société spécialisée dans l’innovation solaire. SunPatner a été créé en 2008 par MM Joël Gilbert, un astrophysicien, et Ludovic Deblois, un ingénieur de l’UTC. Ces deux entrepreneurs se sont rencontrés en Afrique et, en partant d’une idée de M. Joël Gilbert, ils ont ensembles fondé une entreprise spécialisée dans l’énergie solaire. En effet « le soleil offre une énergie gratuite et disponible mais les solutions solaires présentent aujourd’hui des coûts élevés », dixit Ludovic Deblois. Leur objectif est donc de développer de nouvelles solutions, moins chères.

En 2009, ils ont créé deux filiales, Wysips et Axiosun, chacune concentrée sur un projet précis. Axiosun se positionne sur la production d’énergie par la concentration solaire, nous aurons l’occasion d’y revenir plus largement dans un autre billet. Wysips quant à elle, est consacrée au développement d’une surface photovoltaïque transparente et souple.

Bon d’accord mais cette surface photovoltaïque c’est quoi exactement ?

La technologie inventée par cette entreprise est tout à fait étonnante. Alors que les panneaux solaires sont rigides et sombres, leur film, d’une épaisseur de l’ordre de 100 microns est transparent et souple, comme le montre cette photographie.

Le film Wysips, souple et transparent (photographie wysips)

L’idée de ce film est venue en observant une image holographique, une de celle qui selon l’angle sous lequel on la regarde, change. Cette technique d’holographie lenticulaire utilise un matériau plastique constitué de fines lentilles parallèles. Ces lentilles permettent de faire apparaître une image différente selon la position du spectateur. Voici un site où retrouver des exemples :  http://www.mediapole.net/site/fr/portfolio/

Donc, l’idée que Joël Gilbert a eue a été de mêler une image et des bandes de cellules photovoltaïques. Sa réflexion se résume ainsi « Et si j’utilisais les lentilles pour concentrer la lumière vers de minces bandes de cellules photovoltaïques placées entre les bandes d’images ? Sous un certain angle de vision nous verrions une image et sous un autre angle de vision nous verrions le capteur solaire.»

Principe de fonctionnement du film Wysips (image de wysips)

Le film de Wysips est donc composé de micro-bandelettes de cellules photovoltaïques et d’un film lenticulaire souple. Aux extrémités, des électrodes ferment le circuit et amènent l’énergie vers une puce qui convertit l’énergie et la renvoie vers une batterie. Cette idée simple et géniale est protégée par un brevet international.

Au départ, le film n’était assez transparent, mais les travaux menés leur ont permis d’obtenir un film suffisamment fin et transparent pour être utilisé sur des écrans, par exemple sur des téléphones mobiles.

 

Pas mal, mais ça gène pas un peu l’image ? Et ça marche bien ?

Une vidéo, tournée lors du CIAT permet de juger visuel de l’effet de ce film.

L’image est un peu assombrie, mais ce n’est pas vraiment gênant, à mon sens. Par contre, il y a des reflets. Ce film est suffisamment fin pour rester compatible avec les écrans tactiles, un peu comme les films plastique de protection.

Quant à l’efficacité de ce film, le rendement énergétique est de 10%, soit 100 W/m2. Les panneaux solaires « classiques » se situant généralement entre 10 et 20%, cela me semble acceptable en contrepartie de la souplesse et de la transparence. Plus concrètement, dans le cas de l’application pour les mobiles, une exposition d’une heure permet de recharger pour l’équivalent d’une demi-heure de communication. Ce n’est pas si mal utilisé en complément. Car pour l’instant, cette techno serait utilisée surtout en complément des batteries et chargeurs. Elle permettrait de réduire le nombre de branchements à effectuer. Mais avec 6 heures d’exposition nécessaires pour recharger totalement une batterie, l’autonomie totale n’est peut-être pas encore pour tout de suite. Mais après la communication sans fil, l’énergie sans fil devient une évidence.

En tous cas, sur BFM, lors de l’émission Green Business, Ludovic Deblois, le président de Sunpartner, annonçait que si les quelques 5 milliards de téléphones en circulation étaient équipés de sa technologie, l’énergie ainsi produites serait équivalente à celle de deux centrales nucléaires. Belle annonce, mais pas chiffrée en terme de kWH produits quand même.

 

Ca sortira « en vrai » un jour ou ça restera théorique ?

A priori, selon Ludovic Deblois, les premiers produits devraient sortir des chaînes de production à la fin de l’année. Le film wysips® viendra s’insérer sous l’écran. Le marché des tablettes et lecteurs de livres électroniques sont aussi dans la ligne de mire de Wysips qui serait déjà en contact avec des fabricants.

L’avantage indéniable de cette technologie c’est qu’elle s’insère très facilement dans un portable et ne modifie pas le comportement de l’utilisateur. En gros, avec les cellules photovoltaïques classiques, il faut prévoir une place pour les insérer et adapter le design. De plus comme elles sont placées au dos le plus souvent, il faut retourner son appareil pour qu’il se recharge. Réflexe peu habituel, les gens ayant tendance à poser leur appareil justement sur le dos, pour ne pas abîmer l’écran. Or l’écologie, les économies, et tout le reste, tout le monde est d’accord, mais personne, ou presque, ne veut changer ses habitudes. L’écran wysips® présente donc un immense avantage, puisqu’il ne change ni le design, ni les habitudes.


Et en dehors du mobile, ça peut-être utilisé ?

Oui, c’est même l’un des objectifs de l’entreprise qui travaille encore à insérer son film sur des stores en textile par exemple. Et ça ne s’arrête pas là. En fait, Wysips voit de multiples autres usages : dans le mobilier urbain, les transports ou encore le nautisme.

 

D’autres choses à dire sur cette sympathique boite ?

SunPatner a été plusieurs fois distinguée :

–          en France, le pôle de compétitivité CAP ENERGIE a labellisé en juin 2010 le projet d’écran photovoltaïque ;

–          toujours en France, Wysips a reçu le prix de l’innovation la plus originale en micro-électronique lors d’un concours organisé par la Région PACA et le Pôle de compétitivité SCS (Solutions Communicantes Sécurisées) ;

–          et enfin, au plan international, Wysips a remporté le trophée “Green Telecom & Smart Energy Solutions, Apps & Hardware” au CTIA’s 2011 Emerging Technology.

La recherche étant la clé de son succès, SunPatner, et ses filiales font partie de plusieurs pôles de compétitivités :

–          le pôle optique & photonique, Optitec,

–          le pôle de compétitivité mondial SCS, Solutions Communicantes Sécurisées,

–          le pôle Capenergie.

A noter que SunPatner, malgré sa jeunesse a déjà investi 1M€ en R&D, et a levé 1,8M€ supplémentaire fin 2010. Elle prépare une nouvelle augmentation de fonds propres pour la fin de l’année de l‘ordre de 10M€. La jeune start-up emploie une quinzaine de salariés et prévoit d’en embaucher 20 de plus rien qu’en R&D, l’an prochain, pour arriver à une cinquantaine de salariés au premier semestre 2012.

Si en France on n’a pas de pétrole mais on a des idées, certains savent visiblement changer en or leurs idées.

Pour les contacter :

–          Wysips : www.wysips.com

–          Sunpatner : http://www.sunpartner.fr

Quelques sources consultées

–          L’incubateur de Provence : http://m1p.fr/4Y0

–          Usine nouvelle, article du 25 mars 2011 : http://m1p.fr/4XJ

–          BFM, interview du 29 mars 2011 http://m1p.fr/4XD

–          Igeneration, article du 23 mars 2011 : http://m1p.fr/4XQ

–          La tribune, article du 6 avril 2011 : http://m1p.fr/4XI

–          LePoint.fr, article du 12 avril 2011 : http://m1p.fr/4XN

–          20minutes, article du 7 avril 2011 http://m1p.fr/4XF

–          Presse-citron, article du 25 mars 2011 : http://m1p.fr/4XM

Publicités

Entry filed under: Energie, Les acteurs, Les PME innovantes, Les thématiques. Tags: , , , , , , , , .

Année de l’Outre-mer, l’occasion de découvrir la recherche dans les DOM-TOM Innovons ensemble : Concours d’entrepreunariat

Un commentaire Add your own

  • 1. gruber  |  06/03/2012 à 22:57

    Finalement c’est sorti « en vrai » ?

    Réponse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Trackback this post  |  Subscribe to the comments via RSS Feed


Ecosystème Recherche

Bienvenue à la découverte des écosystèmes d'innovation.

Consultante en innovation depuis 2008, je constate tous les jours que nombre d'acteurs connaissent peu le fonctionnement des écosystèmes d'innovation. C'est ce qui m'a conduit à faire ce blog.

Si vous avez des questions particulières, n'hésitez pas à me contacter par mail.

Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez 25 autres abonnés

Feeds

EcoRecherche sur Twitter

Erreur : Twitter ne répond pas. Veuillez patienter quelques minutes avant d'actualiser cette page.


%d blogueurs aiment cette page :